Un Voyage Intérieur

Alors voilà, déjà deux mois que nous sommes revenus à la maison suite aux problèmes de santé de notre Loïc. Aujourd’hui, je me sens prêt pour prendre à nouveau « la plume », pour vous partager comment j’ai vécu ce retour et les différentes étapes par lesquelles je suis passé pour commencer à accepter cette situation inattendue. Comme je viens de le réaliser, nous sommes finalement toujours « en voyage », mais celui-ci a pris une nouvelle dimension que nous n’avions pas anticipée, mais qui était peut-être déjà écrite… En effet, certains signes présents sur notre chemin dès la première semaine de notre aventure, pouvaient le laisser présager. Bien que nous ne pouvions bien sûr appréhender toute leur signification à ce moment, lors de la visite du parc « Circle of Life » à Galway. (voir le billet l’Instant Présent – Irlande). Pour mémoire, voici les symboles que nous avions choisi cette journée là pour nous accompagner pendant le voyage :

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Loïc qui avait initié l’activité s’était dirigé lui-même vers le Caducée, symbole des professions médicales…bien sûr…

Pour ma part j’avais eu la brillante idée de choisir une belle phrase sur…l’Acceptation des évènements de la vie…

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Julie pour sa part avait été sensibilisée par cette stèle :

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Je ne veux pas bien sûr considérer tout ce que nous avons vécu dans une perspective mystique, mais je trouvais quand même assez incroyable ce « clin d’œil de la vie ».

Comme vous pouvez le constater, j’utilise le « je » cette fois-ci pour rédiger ce texte, car cette étape de notre voyage nous l’avons tous vécue à notre manière, selon notre sensibilité et je ne peux que parler en mon nom. Pour moi écrire, c’est un moyen pour y voir plus claire, prendre du recul et me permettre de mieux réaliser ce que j’ai à comprendre de cette expérience.

Oui, j’ai vécu ce retour au Québec comme une réelle épreuve. Je ne parlerai pas ici de toutes les préoccupations par rapport à la santé de Loïc, car comme vous pouvez l’imaginer c’était bien sûr notre priorité dans les premières semaines et la raison même de notre retour. Nous avons donc fait tout ce que nous avions à faire pour l’accompagner dans sa convalescence.  Nous voulions surtout éviter qu’il se sente responsable de ce qui est arrivé et nous avons tout fait pour que cela ne soit pas le cas. Ceci dit, dans un même temps, il y avait un deuil énorme à faire pour moi par rapport à ce projet familial que nous avions préparé pendant plus de deux ans et que je voyais s’anéantir d’un coup.

Une phrase venait également sans cesse me hanter, celle que j’avais reproduite d'un auteur sur note site et qui se voulait un peu la synthèse des raisons de ce projet : « Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu’il se suffit à lui–même. On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt c’est le voyage qui vous fait, …ou vous défait ». Et moi, à ce moment-ci, je me sentais totalement défait! Même Julie ne me reconnaissait pas et ne m’avait jamais vu ainsi en 18 ans de vie commune. J’avais espéré vivre ce voyage autant dans son horizontalité, c’est-à-dire dans la découverte des pays et des beautés de ce monde, mais également dans sa verticalité, par rapport à ce que celui-ci ne manquerait pas de nous faire évoluer, grandir, un peu comme un voyage initiatique.

Oui mais voilà… ! une Initiation…, souvent avant que celle-ci n’arrive dans notre vie, on souhaite parfois en vivre une, car on pressent que c’est une opportunité de croissance, un genre d’aventure dont on ressortira gagnant et qui mettra un peu de piment dans notre vie. Cependant, une Initiation ne se choisi pas comme on pense pouvoir le faire ! Pas par notre petite personnalité en tout cas... Alors quand celle-ci se présente dans notre existence et se vit, elle n’a bien sûr pas le visage de la belle épopée à laquelle on s’attendait. Elle vient nous toucher au cœur de nous-mêmes, briser nos fausses certitudes, balayer nos arguments et nos réflexes de rébellions. Difficile dans ces moments de se dire que c’est pour notre bien ou pour notre croissance, d’avoir cette perspective quand les émotions nous envahissent. Et pourtant…, une fois les étapes de prise de conscience réalisées, force est de constater qu’elle a visé juste. Que le travail de labourage qu’elle a orchestré c’est révélé nécessaire et gratifiant, une fois celui-ci accepté. Et oui, la fameuse Acceptation… Sans elle, il est difficile de passer à une autre étape et il faut l’admettre, ce qui en nous s’oppose à sa présence est bien souvent de l’orgueil. Mais une fois accueilli, c’est un baume qui peut se présenter et permettre à une nouvelle Force de nous habiter. Pour ma part, même si je connaissais intellectuellement toutes ces étapes du deuil, je me refusais à accepter ce que nous vivions, car je le percevais comme tolérer une défaite, devoir me résigner à abandonner mon rêve sans me battre. C’est pourquoi, dans les premières semaines, je m’agitais intérieurement pour tenter de trouver une solution, d’autres avenues, jusqu’à ce que je réalise que cela ne se passerait pas par mon mental, pas par cette partie en moi qui veut tout contrôler, même les évènements de la Vie sur lesquelles je n’ai finalement pas d’emprise.  C’est là qu’intervient selon moi une étape indispensable, souvent mal aimée, le fameux « lâcher-prise » cher aux ouvrages et courants de développement personnel. Et pourtant, c’est bien de cela qu’il s’agit, pour être capable de passer à l’acceptation de ce que la Vie nous propose d’expérimenter. Je pense qu’il ne faut pas le percevoir comme une fatalité, mais davantage comme un pont suspendu, nous permettant de traverser l’abime de nos peurs et de nos résistances. Ce lâcher-prise, je pense l’avoir vécu pendant ma semaine seul à Cuba il y a quelques semaines, un voyage en solitaire qui a été indispensable pour moi pour être capable de prendre du recul sur tout ce que nous avions vécu ces derniers mois. C’est pendant ces quelques jours loin du quotidien et seul avec moi-même que le travail intérieur a pu s’accomplir, me permettant d’accepter ce que nous avions à vivre à travers cette épreuve. Je n’entrerai pas dans les détails de mes prises de conscience, car celles-ci sont bien-sûr personnelles, mais depuis, je dois avouer que je me sens beaucoup mieux. De nouvelles perspectives que je ne voyais pas se sont naturellement dégagées, me donnant confiance pour la suite des choses, habité par la certitude que de bien beaux projets s’en viennent encore pour nous, dans un avenir très rapproché. Et comme par « hasard », depuis mon retour, tout semble se placer à nouveau pour nous permettre de prévoir une nouvelle aventure, que ce soit au niveau de l’état et de la santé de Loïc, du moral de toute la famille et même au niveau des démarches auprès des assurances qui ont pu finalement aboutir positivement. Alors voilà, nous pouvons à nouveau regarder devant et penser à un nouveau projet, avec l’expérience en plus de tout ce que nous avons vécu en voyage et ici au Québec. Il est maintenant possible d’envisager un « lespetitsprinceautourdumonde » 2.0.

Au jour le jour...

Suite à notre retour à la maison, les premières journées furent totalement irréelles pour moi. Nous avions quitté notre vie en voyage que j’aimais tant malgré les difficultés, nos projets de découvertes de pays que nous attentions impatiemment, comme l’Australie, la Nouvelle-Zélande et la Polynésie, ainsi que la belle chaleur de la Thaïlande, pour nous retrouver en plein hivers, sans plan B, à ne pas trop savoir quoi faire de nos journées. Heureusement que nous n’avions par loué notre maison, car cela aurait été la totale. Un questionnement que nous avons eu rapidement était de savoir s'il fallait scolariser les enfants ou si nous allions continuer à le faire à la maison. Finalement, nous avons convenu que comme nous gardions l'espoir de repartir dans quelques mois, cela ne donnait rien d'aller inscrire les enfants à l'école.

De mon côté, les premiers jours, à chaque heure, je ne pouvais m’empêcher de penser à l’endroit où nous étions supposés être. Quand j’allais en ville, tout me faisait penser à nos préparatifs de voyage que nous avions fait avant de partir, j’avais même l’impression parfois que nous n’étions pas encore partis, c’était très troublant et déchirant. Pendant ce temps aussi, je continuais à recevoir les articles sur FB des autres familles en voyage. Je l’avoue cela me brisait le cœur, mais je ne pouvais m’empêcher de les lire, car nous connaissons certaines d’entre elles et nous étions heureux pour elles que tout se passait bien de leur côté. Je ne ressentais pas de jalousie envers elles, mais simplement de la tristesse par rapport à notre situation. Un peu comme quand tu vis une peine d’amour et que tu tombes que sur des comédies romantiques. 

Les enfants pour leur part étaient bien-sûr heureux de retrouver leurs jouets et leur chambre et d’être dans l’ambiance des fêtes, mais pour ma part j’étais un peu comme en état de choc. Je prenais sur moi le plus possible pour que mon humeur n’affecte pas les enfants, mais ce ne fut vraiment pas facile. Car après la phase de la claque de plier bagages et rentrer, puis de se consacrer aux premiers r.d.v. médicaux de Loïc, je suis tombé à l’étape de la colère, avec un puissant sentiment d’injustice et d’impuissance qui m’accompagnait au quotidien. Je ne voyais pas comment j’allais pouvoir me remettre d’une telle déception. Bien que je n’ai pas pour habitude de me poser en « victime » de la Vie, car j’ai toujours considéré que rien n’arrive par « hasard », je ne pouvais m’empêcher de vivre une révolte, habité par les questions : pourquoi nous ? alors que des centaines de familles vivent actuellement leur rêve, qu’avons-nous fait de pas correct ? qu’avons-nous échapper ?  On peut bien avoir la conscience qu’il n’y a pas un être suprême qui décide de nous imposer des épreuves (personnellement je pense qu’une partie de nous les choisis très bien toute seule), il est drôle de voir comme le réflexe de se poser en victime et d’accuser la vie se présente irrémédiablement. Pendant ces moments j’avoue avoir haït le Québec, l’hiver, Noël, tout ce qui me rappelait à chaque instant que mon rêve s’était écroulé. En même temps, je résistais, le petit écureuil dans ma tête tournait à 100 km-heure pour trouver une issue, une solution pour repartir, mais j’ai fini par réaliser que cela ne pouvait pas se passer ainsi, et qu’il fallait que je m’apaise et prenne le temps de vivre ce qui se présentait. C’est seulement après cela et un calme retrouvé que les choses pourraient se replacer et que j’aurais la lucidité de comprendre ce qui est juste pour nous. C’est pourquoi j’ai décidé de partir 1 semaine tout seul à Cuba pour me permettre d’avoir le temps et le recul dont j’avais besoin pour clarifier en moi ce qui nécessitait de l’être.

Alors, tranquillement pendant quelques jours, une certaine résignation s’est emparée de moi, beaucoup de tristesse aussi. Je me suis alors lancé dans une quête de sens en reprenant les raisons pour lesquelles nous avions décidé de réaliser une telle aventure. Sur notre site, avant de partir, j’avais rédigé les « pourquoi » qui nous motivaient à accomplir ce voyage et qui comme pour tout projets, selon moi, sont essentiels à clarifier avant de s’engager dans la réalisation de ceux-ci. On peut bien savoir « quoi » et « comment » on va faire quelque chose dans la Vie, mais le véritable sens qui va nous porter se trouve dans les réponses que l’on va donner aux « pourquoi » de ce que l’on veut accomplir. Comme je l’avais écrit sur notre site, les nôtres se trouvaient être ceux-ci : Cette pause nous aura permis au moins de faire un petit bilan de nos trois mois passés sur les routes.

Pour répondre à un appel : Il me semblait l’avoir entendu, écouté et investi pour vivre la Vie avec Audace et Plénitude ainsi que je le percevais. Je ne pouvais comprendre qu’il nous ait été donné l’opportunité de vivre une si belle aventure et qu’au tiers de celle-ci tout s’arrête. C’était inconcevable pour moi et je ne pouvais croire qu’il n’avait pas autre chose qui nous attendait après cette difficile épreuve.

Pour suspendre le temps… et vivre en famille à notre rythme pour ne pas manquer l’Essentiel : Au cours du voyage, nous avons quand même été pris parfois dans un certains rythme qui nous donnait l’impression de ne pas assez profiter de l’instant présent, surtout lors de visites de différents lieux. La vie va vite même en voyage, et les routines sont aussi présentes. Mais nous nous sommes consacrés pleinement aux enfants, jeux, visites, promenades, devoirs, pour vivre justement cette « Essence-Ciel » avec eux. Par contre, dans un prochain voyage je privilégierai de prendre encore plus de temps à un même endroit pour mieux profiter de chacun d’eux et ce qui devrait également mieux convenir aux besoins de Loïc.

Pour partager et rapprocher : j’ai mis toutes mes énergies dans le projet et dans la réalisation du site pour partager nos expériences et nos découvertes des pays visités. J’ai même réalisé que tous les thèmes que je voulais aborder c’était parfois trop ambitieux pour le temps dont je disposais.  Hélas, nous n’avons pas pu nous rapprocher comme je l’aurais souhaité des populations locales, particulièrement des enfants des régions visitées, mais peut-être que les pays ou lieux que nous avons parcouru s’y prêtait moins.

Pour vivre l’expérience Ultime du voyage : Un tour du Monde… nous ne l’aurons pas réussi…cette fois-ci. Mais il nous est encore possible de réaliser un bien beau voyage de 3-4 mois si nous sommes capables de partir fin mars.

C’était aussi une invitation à se dépasser, à grandir, à éprouver le plaisir d’être loin de notre quotidien et de nos repères pendant plusieurs mois et découvrir le monde. A ce niveau, je réalise que nous l’avons fait et que nous continuons dans ce sens, au Québec, comme dans les prochains pays qui nous attendent.

Alors voilà, avant de repartir, nous continuons notre petit quotidien au Québec, avec l'école à la maison et de petites activités dehors quand il ne fait pas trop froid. Les garçons en ont profité aussi pour commencer des cours de Karaté, ce qui leur fait beaucoup de bien. Je suis maintenant capable aussi de profiter de notre temps à la maison, ce que je n'étais pas capable de faire le premier mois de notre retour. Mais bien sûr ce qui me tient c'est aussi l'espoir de repartir dans quelques semaines.

Commentaires (1)

Julie
  • 1. Julie | 03/02/2018
Ouf Alain .. mais quelle humilité et transparence écrire un pareil texte ... ça me touche beaucoup. Tous tes sentiments et ressentis sont tellement compréhensibles. .. c'est tout à ton honneur de t'être donné le droit de les vivre... Je vous souhaite sincèrement le plus merveilleux des trips à venir !!!

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